4 Juillet.
Fidele a l'idee que Stargard veut dire vieille ville, je prends la route de Stargard Sczecinski, mais, une fois arrivee, je dois me rendre a l'evidence : ce n'est qu'une banlieue plutot pauvre de la ville principale. Je demande a des types qui glandent en buvant des bieres (a neuf heures du matin...) s'il y a des touristes a Stettin, et ils me repondent que oui. J'ai en effet fichtrement besoin de renflouer mes phynances. Meme si j'avais un doute sur les touristes, j'irais, car j'ai promis, il y a deja longtemps, a un monsieur de Ludwigshafen que je lui enverrai une carte de Stettin, sa ville natale. Il m'avait hebergee, appris un peu d'allemand, raconte sa vie et donne plein de conserves pour le voyage. Stettin, comme un bon tiers de la Pologne, etait en effet autrefois territoire allemand. Pendant la seconde guerre mondiale, Hitler et Stalin se sont entendus pour se partager la Pologne, qui se trouvait alors plus a l'Est (pauvres Polonais, ca tombe souvent sur eux), puis, leur traite rompu, apres la guerre, Stalin, vainqueur, a pris sa part (une partie des actuelles Urkaine et Bielorussie). Les Polonais deplaces, quant a eux, ont eu un gros bout d'Allemagne de l'Est, et les Allemands qui vivaient la ont ete repartis dans tout ce qui restait de l'Allemagne. Comme les minorites Allemandes de Tchequie, de Slovaquie et d'ailleurs avaient servi de pretexte aux nazis pour commencer les annexations, on a decider de les deplacer aussi. En gros, on a alors fait ce que plus tard, sous Milosevic, on qualifierait d'epuration ethnique. Tout ca en reponse au nazisme. Ce qui fait que pas mal d'Allemands ages sont nes en Pologne, quand c'etait l'Allemagne et en ont gros sur la patate. Un miracle qu'on n'ait pas eu de troisieme guerre.
Bref, 42 km direction Ouest-Nord-Ouest plus tard, une partie sur une autoroute le long de laquelle les velos sont autorises a rouler (sur la bande d'arret d'urgence, quand il y en a une c'est pas si incomfortable et tres rapide), je suis a Stettin, enfin. Il fait chaud, trop chaud, et le bain pris en vitesse a Kobylanka ne s'est fait sentir que 3 kilometres, avant que le vent et le soleil ne m'assechent a nouveau, cycliste, T-shirt et chapeau.
Szcecin : Des ponts, des routes, des quais de fret, des ponts, un arret de tram, une eglise, une cathedrale. Mais ce n'est pas vraiment beau ou interessant et, a 13h sous 36 degres, les cafes sont vides. J'ai gagne pas mal de sous au marche de Stargard, ou les gens etaient vraiment sympas. Je crois aussi qu avec la pratique, je suis redevenue pas mauvaise, mais bon, ca m'a enhardie et j'ai tout depense sur place, en lunettes de soleil et saucisse pour casser la croute pendant un bout de temps, Maintenant je vais a la poste, et done 16 Zlotys pour trois timbres europeens !? Car en effet, ca, ce n'est pas moins cher ici, et la faiblesse de la devise se fait sentir. Reste de la ferraille, que par depit et par defiance, j'offre a une machine a cafe. Pour ce prix, je n'ai pas meme droit a un cafe, juste un the... Voila. Faillite. je suis donc comdamnee a rester a Stettin jusqu'a ce que les gens ressortent dans l'air chaud du soir, et a prier pour qu'ils aiment le son de ma flute.
5/07- Dimanche (forcement...)
L'orage est venu avec une demi-journee d'avance, cette nuit. D'abord un orage sec, des eclairs, pas tous tombes loins, quelques gouttes qui abandonnent vite. Et puis, soudain, des trombes d'eau, un vent a emporter la tente. Plus rien pendant trente minutes. Et de nouveau dix minutes de tempete. Le calme. Vent et pluie reprennent une troisieme fois, hesitants, faibles, fatigues. Je m'endors, et dors encore bien apres l'aube, J'en ai besoin. Si j'ai de la chance, l'orage aura rafraichi l'atmosphere...
N.B. : Ne plus aller dans les grandes villes !
10h - Allemagne
En route vers Schwedt. Suis passee par Gartz/Oder, une petite, mais tres jolie vielle ville de 2000 ames avec une immense eglise, aujourd'hui en grande partie en ruine, des rues pavees, une Porte fortifiee assez jolie. Malheureusement mon appareil photo est a cours de batteries depuis peu apres mon entree en Pologne, et l'ai d'ailleurs deja regrette lorsque j'ai vu un tres, tres joli tag a la sortie de Stettin. Les lunettes a 10 Zlotys (2,5 Eur) ont bien sur rendu l'ame a la premiere occasion : ca m'apprendra. Plus etrange : mon dernier morceau de saucisse a disparu. Soit il est tombe de ma sacoche a cause des paves, soit je vais le retrouver, immonde et puant, en defaisant mes bagages chez Dieuwke. Maintenant je suis vraiment a sec: mes reserves de nourriture sont epuisees. J'ai bien trouve quelques graines d'ortie, mais il faut attendre demain pour les mangers, qu'elles perdent un peu de leur piquant. J'aurais de toutes facons besoin de pepettes pour ne pas arriver chez Arnufl les mains vides... s'il m'invitem en effet j'ai envoye un message mais pas encore de reponse.
Soir - bad Freienwalde, Dans le jardin de Horst et Tanja, sous la tente. Telephone et appareil photo en charge ! Comme je n'ai rien et que je suis vraiment contente d'avoir de la compagnie, le soir, je leur fais un mobile en bois et en coquillages portugais, dont je suis franchement assez fiere.
Au matin Tania m'invite a petit-dejeuner avec elle, et nous parlons de voyages qui forment la jeunesse, d'education des enfants, d'injonction au travail, de permaculture... Elle a deux enfants, un bebe et un de trois ans, et allaite les deux. J'aurais du mal a allaiter un truc qui parle, moi, mais j'imagine que c'est bon pour eux. Quant a Horst, il m a fait faire un tour des environs, histoire industrielle, bains thermaux, et OPA sur la RDA inclus, tout ca de nuit, sous l'orage et la pluie battante.
Puis passage dans l'enfer de Francfort sur Oder : un centre commercial, temple de la consommation a plusieurs etages, plusieurs tours, une vraie ville climatisee ou se presse consommateurs et jeunes de banlieue cherchant un peu de fraicheur, ou j'achete un petit bouquin de polonais pour touristes. Puis je compense par un peu de manche a la flute, plutot efficace, mais me fais bientot virer par la police privee du centre commercial, qui me repousse toujours plus loin, expliquant que la place centrale, ici, et un agglomerat d'espaces prives. Un passant s'indigne avec moi, mais, moi, je me dit que si je n'ai rien a faire ici, tant mieux. j'ai depuis l'enfance un reve recurrent, mi-reve, mi-cauchemar, ou je suis perdue dans un centre commercial immense peuple d'escalator et de toboggans, ou chaque lieu ressemble a tous les autres, et ou je me rends bientot compte que je suis enfermee. Dans certaines version le centre commercial contient une bombe prete a exploser... Aujourd'hui j'ai vraiment cru etre dans mon vieux reve.
J'enfourche M. Velo et nous voguons vers la ville jumelle Polonaise, Slubice, ou j'espere trouver des lokalny produkty. mais non, il s'agit seulement d'un enfer d'un autre style, entierement construit pour les Allemands, peuple de stations essences et de bureaux de tabac, parsemes de fast-foods, gravitant autou d'un autre centre commercial, plus petit mais non plus agreable. Nous fuyons, M. Velo et mon,cote Allemand, direction Eisenhuettenstatd, et campons sous les etoiles, le long de la digne qiu fait office de voie verte. Il fait encore assez chaud, je fais donc l'erreur de ne pas planter la tente, car nous sommes en zone de passage, et me fais attaquer par les moustiques une bonne partie de la nuit, Lorsqu'ils se calment, la rosee prend le relais et tout est trempe a mon reveil. Demain,si je dois passer par la Pologne pour acheter un petit quelque chose pour mon cousin Arnulf, qui a repondu a mon message et invitee a passer une nuit ou deux, sera un jour a 120 km.
7/7/15 - Weisswasse, chez Arnulf
Ce ne furent "que" un peu plus de 100 km. Ca avait l'air bien pire sur la carte,et comme j'ai trouve une petite cooperative agricole sympa et peu chere, je n'ai pas eu a faire de detour par la Pologne. J'y ai donc pris une petite bouteille d'Hydromel de Francfort/Oder, et un bon (second) petit-dejeuner paysan fait de cafe bien dilue a l'Allemande, et d'un Broetchen au pate de foie. Encore un vrai pain de seigle, et c'est reparti, toujours sous la canicule (il fait deja assez etouffant, et c'est neuf heures du matin.) Je me tremps deux ou trois fois dans le canal le long de la Neisse (un affluent de l'Oder, que ma route suit maintenant), jusqu'a ce que, a Forst, soit 30 km avant Weisswasser, j'appelle Arnulf pour lui dire que je serai bien la ce soir : en effet, ce n'etait pas gagne, plus de 100 bornes par cette chaleur. A Eichenwege, pres de Duben, soit encore 15km plus loin, je trouve enfin un petit lac sympa... Et une plage payante ! Je m'enerve un peu vite (un effet du debut d'insolation qui m'assaille ? ) : tous les touristes sont effectivement agglutines la, dans un petit coin d'eau, mais l'on peut aussi se poser et se baigner dans le reste du lac, qui est bien plus joli. Sur les berges, je rencontre Renate, retraitee "avec pieces de rechanges", comme elle dit, qui m'invite a prendre le cafe. Je passe ainsi la second partie des heures les plus chaudes de la journee en sa compagnie et celle de son ami Dieter, et ils me parlent de tout et de rien, des pieces de rechanges et "pannes" de tous ceux de leurs ages, de leur maison sur la Mer Baltique et de leur petit groupe, presqu'entierement disperses, de campeurs recurrents qui venaient ici autrefois...

Vers cinq heures je repars, et arrive bientot a Weisswasser, un peu crevee mais vu les conditions, franchement pas tant que ca. Arnulf et Erika m'attendent, me font couler un bain (ce n'est que quand tu reviens a la civilisation que tu realises a quel point tu es crade), une biere,et nous partageons tranquillement l'Abendbrot.

9/7/15
Reveil dans la maison de Kreba, ancienne maison du grand-oncle Jean et de sa famille du temps de la RDA, grande et poussiereuse, mais en meilleur etat que je ne croyais. Une impressionnante colleciton de fourneaux a bois de tous styles et de toutes epoques, certains faits pour emmagasiner la chaleur, d'autres pour chauffer vite, des petits, des gros pour chauffer toute la maison... L'ancien cinema dont m'a parle ma mere : une grande salle blanche et pas tres haute de plafond, au premier etage. En contrebas, un verger gagne par les herbes folles, derriere un bois, et pas tres loin, la grande mare a carpes ou les enfants se baignaient, dans le temps... Les cousins allemands veulent vendre, pour pas tres cher... mais bon, ce n'est pas vraiment ma region. Quand meme, j'imagine un lieu dedie a la permaculture ou a l'ecologie, avec le grand jardin en guise de mini-ferme, le cinema qui ferait une bonne salle de conferences... Mais je m'en vais quand meme.
La pluie m'attrape en route, mais peu importe, Les quelques 40 km jusqu'a Goerlitz sont durs, il me reste sans doute un peu de fatigue dans les jambes apres la grosse etape de Weisswasser, mais la, je prend vraiment le temps de visiter la ville, de jouer un peu de flute (avec succes). Et puis, dans une peitt galerie de quartier, je trouve un prospectus pour un atelier de jardinage urbain, qui a justement liue cet apres-midi. J'y vais, et dans une friche industrielle (une ancienne brasserie) rebaptisee Rabryka, je rencontre une joyeuse bande de jeunes a projets.

Nous jardinons, et ils m'invitent a dormir dans des locaux en cours de renovation... Presqu'un palace ! Le type qui les renove veut faire ici une maison d'hote, et c'est vraiment classe. Mike, anarchiste qui y croit, me mene dans un tour de la ville, un tour pour connaisseurs, et nous parlons du monde tel qu'il devrait etre, tel qu'il est, parfois, grace aux etres qui l'habitent... nous parlons de l'argent et de la vie sans lui, nous contemplons la ville du haut de son cimetiere.

Le lendemain, je glisse la clef de l'appart dans la boite au lettres, et a 6h30, je suis partie... Jelenia Gora, une manche efficace (maintenant j'ai des Zlotys, si loin de la frontiere on ne peut plus si facilement payer en Euros)... Et vers 15h j'arrive chez mes hotes, qui se mettent justement a table.
715 km depuis Preten, 1515 km cette annee, 2865 km depuis le depart de St Etienne.